PostHeaderIcon Le Malade Imaginaire - 2002

Se croyant malade, Argan a transformé sa maison en hôpital de jour et tyrannise son entourage par ses caprices. Sur les suggestions de son frère Béralde et de sa servante Toinette, il accepte par souci d’économie et de commodité de se faire médecin lui-même.

Le Malade Imaginaire est une pièce de Molière (Jean-Baptiste Poquelin) . La mise en scène est signée Evelyne Charnay.

Distribution :

Amélie Charnay Anne Cécile Delaby Franck Charnay Katia Scarton-Kim Lee Michelsen Lillie Ségur Marie Paindavoine Michel Crayssac Mickaël Viguier Pascal Lifschutz Philippe Quercy Pierre Porquet

Note de mise en scène :

La vie ou la mort, la maladie ou la musique ?

Devant cette œuvre à l'image de la vie elle-même, où le drame et la farce se côtoient allègrement, où la comédie intervient dans la comédie, le théâtre dans le théâtre, le metteur en scène doit s'effacer modestement derrière l'efficacité des dialogues, respecter scrupuleusement le déroulement de l'intrigue. Il doit cependant faire preuve d'imagination dans les intermèdes, sans obligation de les reproduire dans leur totalité, ne possédant pas les moyens des troupes du roi soleil.

La musique de Charpentier se prête, par sa pompe, à un hommage dansé à Louis XIV. Celui-ci, fondateur de l'académie de la danse, âgé alors de tente-cinq ans, danseur virile de haut niveau, cultive à sa cour, par ses prestations personnelles, son image de monarque incontournable, et rayonne en 1673 bien au delà de l'Europe.

L'ouverture " endiablée " du compositeur pourrait intervenir ensuite à la fin du monologue de la scène 1, illustrant un rêve d'Argan sous l'effet des drogues prescrites par M. Purgon, rêve chorégraphié avec fumigènes, d'abord agréable et sécurisant tournant au cauchemar, les gentils médecins devenant bourreaux.

Quant à Polichinelle avec les archers, la bastonnade qui en résulte rappelle étrangement les combats de capoiera des quartiers pauvres du Brésil dont la technique et le rythme s'accorderai très bien à certains accents de bataille de Charpentier.

Un plateau sobre facilitant le passage des scènes de comédie aux intermèdes, éventuellement agrémenté d'un cyclorama, des pendrillons assurant les entrées et sorties de manière classique, quelques sièges, des costumes situant l'action au XVIIème siècle, point n'est besoin de " revisiter " la pièce ! L'intrigue et la satire de Molière, par son éloignement dans le temps, ne paraît alors que plus lisible, l'homme ne discernant jamais très bien ce qu'il a continuellement sous les yeux.
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Note d'intention :

Dans la comédie-ballet du Malade imaginaire, Molière, brouillé avec Lully, réalise avec Marc Antoine Charpentier ce à quoi il a toujours aspiré : une oeuvre complète où se mêlent en parfait équilibre et sans frontières, le texte et le chant, la musique et le ballet.

La présence des intermèdes n'est jamais gratuite. Dès le prologue, évoquant le retour victorieux du roi Louis, le ton est donné. La paix l'emporte sur la guerre, la vie sur la mort.

Dans la comédie qui va suivre, qu'en sera-t-il pour Argan ? Renoncera-t-il à la maladie pour mieux profiter de la vie et gagner du temps sur la mort ? Ou sombrera-t-il de plus en plus dans l'hypocondrie condamnant au passage l'amour de sa fille pour Cléante (intermède de Polichinelle et l'amour malheureux, puis petit opéra de Cléante et Angélique) et refusant les petits plaisirs de la vie (comme le ballet des mores que lui impose son frère à domicile).

Le mélange des genres donne ici une grande vitalité à l'œuvre de Molière, assurant par là-même sa modernité.

La musique de Charpentier sied au thème grave de la pièce, celui de la critique de la médecine ou plus exactement des œillères de la médecine officielle.

Le malade du XXIème siècle ou celui qui croit l'être, confronté à une médecine-pouvoir qui persiste à traiter les symptômes plutôt que les causes profondes, l'organe plutôt que l'être dans sa globalité, se sent aussi démuni face à l'arsenal de traitements à sa disposition que l'homme du XVIIème siècle condamné à la saignée ou au lavement.

Quelque soit l'époque, tout en gardant un œil vigilant sur les progrès de la science, la sagesse de l'homme ne reste-elle pas, le plus souvent, le meilleur des vaccins ?.

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