PostHeaderIcon La Tempête - 2002

Le puissant prince Prospéro fut chassé autrefois de son duché de Milan par son frère félon et jeté avec sa fille Miranda dans une barque vétuste. Ils atteignirent cependant sains et saufs une île de Méditerranée. Douze ans plus tard, usant de ses pouvoirs de magicien, Prospéro déclenche une tempête qui fait s’échouer le vaisseau portant les auteurs de son infortune.

La Tempête est une pièce de Shakespeare (William Shakespeare) . La mise en scène est signée Evelyne Charnay.

Distribution :

Amélie Charnay Daniel LaFourcade Dimitri Michelsen Franck Charnay Gil Geisweiller Jean-Jacques Forbin Michel Miramont Mickaël Viguier Pascal Lifschutz Philippe Millot Yannick Blivet

En vidéo :

Note de mise en scène :

Nous sommes cette fois loin des trompettes de la cour et du cliquetis des armes ou des miasmes des bas-fonds londoniens. Comme dans toutes ses dernières pièces, Shakespeare nous emmène sur la mer, nous échoue sur une petite île, où vivent des personnages que l’on croyait morts. L’atmosphère y est douce et légère, quoique faussement idyllique. On assiste à des intermèdes champêtres, les méchants ne sont plus punis de mort ou de prison. La soif de vengeance se transforme en désir de miséricorde.

Quelque chose chez Shakespeare a changé. A l’âge de Prospéro, il fait le point ; Il a, lui aussi, consacré sa vie à l’illusion en créant des personnages, des situations, des paysages. Il a perdu son fils Hamnet et sa fille illégitime, Jane. Douleur, prise de conscience, désir de revoir les disparus ? L’homme Shakespeare devient meilleur et c’est pourquoi il nous touche.

Il est difficile pour le metteur en scène de choisir entre les traductions et adaptations qui toutes se contredisent. Groupes et jeux de mots, symboles, sont toujours discutés même en Angleterre et l’humour parfois nous échappe. Les choix sont difficiles, il faut rendre le texte lisible pour les acteurs, audible pour le public français, aller à l’essentiel afin que cet auteur incontournable devienne accessible à tous.

Or, l’intérêt de la pièce tient pour moi à l’évolution de son personnage principal : torturé par un désir terrible de vengeance depuis douze années, Prospéro abandonne son funeste projet, élevant finalement son âme plus haut qu’avec les sciences occultes. Emerveillé par la pureté des sentiments naissants entre sa fille Miranda et le prince Ferdinand, il s’apaise comme touché par la grâce.
Ainsi pour Shakespeare, l’homme s’élève en pardonnant et se perd en se vengeant. Mais la punition est nécessaire car elle oblige le criminel à la réflexion, ouvre la voie aux remords.

Ici, Prospéro punit par la magie blanche et son elfe Ariel nous enchante. Avec lui, nous pénétrons peu à peu dans cette île, bercés par une étrange musique. Et ce monde irréel que nous découvrons, ébahis, devient soudain le nôtre.
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Note d'intention :

Lorsque les acteurs John Eminge, Henri Condell et l’auteur Ben Jonson se décidèrent à publier les œuvres de leur ami Shakespeare, ils placèrent intentionnellement La Tempête en tête de leur ouvrage. Encore aujourd’hui, cette pièce me semble la plus achevée et la plus autobiographique de l’auteur. Comédie et tragédie s’y équilibrent agréablement, et si Shakespeare emprunte ailleurs des personnages, des évènements, il fait preuve d’imagination tout au long de la pièce.
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